Mon Top 10 des meilleurs films en 2010



1-FISH TANK de Andrea Arnold

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Dans une banlieue de Londres, une fillette laissée à elle-même tombe en amour avec le nouvel amant de sa mère volage.

Un film d’une force sexuelle très brut qui explore ce mouvement innée qui pousse les petites fillettes démunies dans les bras d’un homme mûr, ainsi que le mouvement inverse qui pousse l’homme à se faire protecteur.  Impossible de ne pas se sentir intimement lié au film par les émotions complexes qu’il suscite, nous renvoyant constamment à notre nature profonde et choquante, écartelé entre nos instincts et la moralité.  Ce film est une expérience brute et éprouvante qu’il est impossible de ne pas vivre les coudes sur les genoux, le regard rivé sur l’écran du début à la fin.




2-DAS WEISSE BAND (Le Ruban Blanc) de Michael Haneke


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Dans un petit village de l’Allemagne en 1913, plusieurs accidents étranges dirigés contre les autorités du village éveillent les soupçons. 

Un chef-d’œuvre comme on en faisait dans les années 60.  On jurerait du Bergman.  Les dialogues sont brillants et proposent des réflexions puissantes sur l’autorité pré-nazi.  La photographie noir et blanc est à couper le souffle, tout en évitant de pasticher (les films de Dreyer par exemple), et l’ensemble témoigne d’un sens de l’épure admirable.  Du grand cinéma intemporel.      




3-MADEO (Mother) de Bong Joon-ho

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Une mère surprotectrice essaie de prouver l’innocence de son fiston simple d’esprit qu’on a accusé de meurtre.

Ce film sud-coréen, c’est la perfection absolue du premier au dernier plan.  Complètement fou et délirant, sans négliger la profondeur et les zones d'ombres.  Un travail d'équilibriste fabuleux!  Bong Joon-ho, réalisateur virtuose maniant le suspense d'une manière tout à fait unique, est à surveiller de très près.  En 4 films, il flirte déjà avec le génie.  Son prochain film est d'ore et déjà un événement.   




4-LES AMOURS IMAGINAIRES de Xavier Dolan

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L’année 2010 fut un choc.  C’est l’année où je suis devenu vendu à Xavier Dolan, alors que j’ai passé toute l’année précédente à le conspuer à chacune de ses apparitions.  Il faut dire que la presse en a fait un personnage irritant du haut de ses 21 ans, plus grand que nature. 

Force d’admettre qu’en mettant de côté l’orage médiatique entourant la sortie de son dernier film, Les amours imaginaires se révèle un petit bijou. 

Je ne peux trouver de raisons pour décrire mon sentiment face à ce film qui traite de tourments amoureux (une fille et son ami gai tombe en amour du même type).  C’est une œuvre plutôt vide, axé sur l’esthétique, le beau, sur l’amour de la Nouvelle Vague française (donc d’une certaine authenticité désinvolte).  Mais de cet esthétisme émane une émotion véritable.  Dolan aime le cinéma, et il nous le transmet bien.  Ludique et divertissant.




5-INCEPTION de Christopher Nolan 


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Histoire d’espionnage industrielle dans une société du futur où il est possible d’entrer dans la tête des gens, et suggérer des idées à leur subconscient tout en volant leurs secrets les plus précieux.


Je n’ai jamais particulièrement aimé le cinéma de Christopher Nolan.  Je lui ai toujours reproché une certaine lourdeur dans son écriture.  Ses œuvres, très dialoguées, très bavardes, ont tendance à « surintellectualiser » leur propos en prenant de très grands sabots.  Ce pourrait être fascinant si le réalisateur laissait un peu respirer ses films.  Mais du début à la fin, chacun d’eux se noie d’une noirceur suffocante qui empêche une certaine implication émotionnelle.  En d’autres mots, ça finit par sentir le renfermé. 

Inception est toutefois une réussite.  C’est un film intelligent qui ne s’oblige pas à le crier sur tous les toits.  Et surtout, il ne se résume pas à son intelligence.  C’est une œuvre fun et émouvante également, humaine.  Je dirais même qu’on est pas loin du chef-d’œuvre.  En fait, ç’en est carrément un, dans sa maîtrise, son équilibre, sa subtilité, sa cohérence.  Du grand cinéma de divertissement.



6-THE SOCIAL NETWORK de David Fincher

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Il fallait un scénario sur la création de Facebook pour que David Fincher réalise son meilleur film à ce jour.  C’est son film le plus mature, dans le sens où il délaisse définitivement la noirceur adolescente de ses premières œuvres.  Mature, parce qu’il se fait aussi de moins en moins complaisant (certains de ses films étaient à la limite du tape-à-l’œil).  Ici, Fincher se concentre sur le récit, et réussit à s’effacer suffisamment, tout en conservant une maîtrise incroyable de son matériel. Le scénario est béton, la distribution, l’acting, la mise en scène, la photo, la musique. Tout est parfait!  Même le dernier plan du film frappe fort. Il est fascinant de voir Fincher monter la barre à chaque métrage.  On a dit de ce film qu’il était le plus représentatif de la décennie 2000.  Je ne pourrais pas dire mieux. 




7-LOONG BOONMEE RALEUK CHAT de Apichatpong Weerasethakul

  (Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures)


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Un petit bijou. Que dis-je? Un joyau!  Oncle Boonme mélange le cinéma contemplatif contemporain aux vieux contes orientaux, tout en opposant les générations thaïlandaises actuelles à leurs bagages ancestraux.  C’est un film qui fonctionne par séquences.  Il y est question de réincarnation, de métamorphoses, de fantômes.  Chacune des bobines du film à sa propre couleur, son propre style.  Et il est étonnant de voir se juxtaposer de l’onirisme aux côtés de séquences plus réalistes.  Mais le résultat goutte très bon.  C’est comme d’aller au musée voir une installation autour du thème des vies antérieures.  Une expérience unique.




8-CURLING de Denis Côté 


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Les films de Denis Côté m’ont toujours laissé de marbre par le passé.  Trop conscient d’expérimenter, Côté nous servaient des œuvres un peu froides, manquant un peu de cœur.  Des films qui surfaient beaucoup sur la mode du flottement narratif actuel.  Quelque chose du genre: « je filme n’importe quoi n’importe comment, mais c’est cool non? ».  Ce qui m’a toujours donné l’impression qu’il se regardait "réaliser".   

Mais Curling m’a étonné.  C’est un film maîtrisé de bout en bout, avec des cadrages hyper travaillés et un sens de l’épure scénaristique et visuelle qui donne au film une belle simplicité.  Même les personnages arrivent à émouvoir.  Côté semble avoir eu une vision très claire de ce qu’il voulait faire comme film.  Je ne m’attendais pas du tout à ça, étant donné que Curling traite de la vie campagnarde d’un père monoparentale qui isole sa fille du monde extérieur.  Ça aurait pu tomber dans le flottement assez vite.  Mais les personnages (joué d’une façon admirable par Emmanuel Bilodeau et son authentique fille Philomène Bilodeau) sont écrits d’une manière humaine, sans la moindre condescendance de créateur hermétique.  On y sent même une certaine chaleur humaine lorsque les deux personnages se mélangent au monde extérieur, quelque chose dans la façon de filmer les gens qui n’est pas sans rappeler celle de Gilles Carle, le roi du film rural (le personnage de la jeune ingénue joué par la splendide Sophie Desmarais fait beaucoup penser à cet archétype de « femme dévoué » propre au cinéma de Carle, notamment dans La Vraie Nature de Bernadette).  À noter que les paysages hivernaux québécois n’ont jamais été aussi bien filmés.  Quasi onirique par moment, le visuel fait quasiment basculer le film dans le cinéma fantastique, et même le cinéma d’horreur.  Du très grand art. 




9-INCENDIES de Denis Villeneuve


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Des jumeaux québécois doivent remonter dans le passé de leur mère immigrante qui a vécu la guerre au Moyen-Orient


Villeneuve nous confirme avec ce film qu'il est un putain de grand réalisateur. Adapter la pièce de Mouawad, presque sans dialogues, en la traduisant d'une manière purement cinématographique, il fallait le faire.  Villeneuve connaît son médium.  Ses images (tournés par André Turpin) sont d’une force de frappe hallucinante. Et sa mise en scène est à couper le souffle, trouvant même le moyen de garder un équilibre entre crudité et pudeur. Tout est juste.  Un travail de titan selon moi.  J’irais même jusqu’à dire que le film trouve la force d’évocation du Schindler’s List de Spielberg.  Et il ne serait pas étonnant de le voir nominé aux oscars cette année dans la catégorie du meilleur film étranger



10-10 1/2 de Podz


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Une claque dans la gueule, du premier plan (très choquant) au dernier.  Disons qu’on ne va pas voir ce film pour se divertir. 

Le synopsis laissait présager un film de tonton plutôt banal opposant des éducateurs à une jeunesse délinquante et perturbé.  Quelle erreur.  En fait, 10 ½ est tout sauf un film psychologisant aux réponses toutes faites.  Il s’agit plutôt d’une expérience quasi sensorielle et sans concession sur la vie dans un centre jeunesse au Québec.  Le tout est filmé d’une manière assez sèche, s’inspirant du cinéma direct, mais avec une grande virtuosité technique.  Par moment, le réalisateur parvient même à évoquer les odeurs les plus putrides de l’endroit.  Sa mise en scène est d’une précision et d’une puissance de frappe assez épuisante.  La première heure est une suite quasi ininterrompue de crises d’agressivité de la part du jeune protagoniste (impressionnant Robert Naylor).  On a envie de sortir de la salle tellement le climat y est insoutenable.  Mais le réalisateur parvient à nous intéresser aux personnages.  L’exploit de Podz est de réussir à nous attacher à eux sans les rendre attachant (Claude Legault n’a rien d’un éducateur irréprochable).  Aussi, le film fascine car il nous inspire l’envie d’y chercher une once d’espoir.  Malheureusement on finit par sortir de la salle complètement épuisé de ne pas avoir été satisfait sentimentalement.  Mais le film ne nous quittera jamais. 

          

...  oh, et puis tiens, un petit dernier!



11-BLACK SWAN de Darren Aronovsky

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Putain, la belle claque! L'ensemble est un peu vide et ça prolifère du cliché à la tonne, mais dans un espèce de mouvement d'épure où tout est réinventé dans un esthétisme passionné et viscéral. Un voyage assez perturbant dans cette schizophrénie manichéenne que nous inspire les contes et les mythes.